1, 2, 3, soleil !
Du 7 avril au 25 juillet
La société numérique dans laquelle nous vivons, structurée par une industrie de plateformes mondialisées , a fait de la donnée, de son archivage et de sa manipulation à grande échelle l’un des piliers de son fonctionnement et de sa création de richesse. Beaucoup d’entre nous disposent aujourd’hui de compte Instagram, Facebook, X (ex-Twitter), LinkedIn, entre autres réseaux sociaux, pour relayer et commenter l’information qui à peine publiée est stockée et archivée sur des serveurs, dans des data centers répartis à travers le monde. Une projection de la quantité de données stockées sur les serveurs de la planète donne le chiffre faramineux de 21 ZB . Tout semble devoir être mis en mémoire et y rester pour l’éternité. La planète entière semble souffrir de ce fameux mal que le philosophe Jacques Derrida avait nommé le « mal d’archive » : une tension entre le désir de conserver, de tout garder et une force contraire d’effacement, de destruction, de refoulement.
Or ce régime contemporain de sur-archivage numérique ne crée pas à lui seul ces tensions : il rend simplement plus visibles, à une autre échelle, des opérations qui travaillent toute archive.
L’enjeu du regard porté par le SLIDERS_lab sur l’archive de Mérignac, à travers l’exposition 1, 2, 3 Soleil !, se joue dans un double mouvement : interroger ce qui a été conservé, et les raisons institutionnelles, politiques et pratiques de cette conservation ; mais aussi, puisque toute archive dessine une mémoire autant qu’elle la limite, repérer ce qui a été laissé de côté, oublié, minoré, voire rendu illisible. Il serait en effet trompeur de considérer l’archive comme un dépôt neutre. Archiver, c’est sélectionner, classer, nommer, hiérarchiser, et organiser les conditions d’accès : autant d’opérations qui orientent ce qui pourra faire récit. Dans Mal d’archive, Derrida mobilise la figure de l’« archonte » pour désigner ceux qui détiennent l’autorité sur l’archive, en assurent la garde et en régulent l’interprétation, parce qu’ils en fixent aussi l’ordre et la loi. Dès lors, travailler sur une archive, comme visiter une exposition qui la met en jeu, n’a rien d’innocent : ce qui s’y joue, ce sont les cadres de visibilité et les régimes de légitimité qui permettent à certains récits de s’imposer, au risque de reconduire une « grande histoire » au détriment d’histoires latérales, dissonantes ou incommodes. C’est précisément sur cette trame, souvent présentée comme évidente, que le SLIDERS_lab a choisi de poser un regard décalé plutôt que frontal, afin d’en faire apparaître les aspérités, les zones grises et les points de friction.
Six installations originales réalisées en 2026 revisitent ainsi les archives de la ville de Mérignac : ToponymIA / Punctum temporis / Navigation temporelle 2 : Mérignac / Lignes de temps / Les ombres de lavandières / 1, 2, 3, soleil !
Au final, le travail du SLIDERS_lab sur l’archive de Mérignac fait basculer les éléments mis en scène du statut de documents à celui d’objets culturels porteurs de sens : un sens symbolique, travaillé par une forme artistique, et chargé de valeurs. Ce sens ne devient pleinement effectif que dans la rencontre avec le public, lorsque celui-ci reconnaît, dans ces traces et ces agencements, des référents, des récits ou des tensions qui résonnent avec ses propres cadres culturels, sa mémoire et ses expériences. L’enjeu de l’exposition est alors double : rendre visibles des traits de la culture mérignacaise en respectant ce qui la constitue, tout en proposant une lecture critique qui introduit une mise à distance et ouvre un espace de discussion.
Générique
• Conception et direction artistique : Frédéric Curien, Jean-Marie Dallet
• Design et programmation VR : Loïc Almeida
• Design et fabrication des plateaux tournants : Yann Grolleau
Production
• Ville de Mérignac. Service des archives, France.